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The Cat Inside
BO de l'installation
2008
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| Burroughs au Beat Hotel William Burroughs et Brion Gysin se retrouvent à l’hôtel de Madame Rachou, 9, rue Gît-le-Cœur, derrière la place Saint-Michel à Paris. Découvert en 1957 par Allen Ginsberg (qui y écrivit Kaddish), l’hôtel — qui ne portait pas de nom — devint vite le refuge de la génération « beat ». À quelques pas de l’hôtel, une maison d’éditions, Olympia Press, spécialisée dans la publication de textes érotiques en anglais. Maurice Girodias (fils de Jack Kahane fondateur) la dirigeait. Burroughs n’eut qu’à littéralement « traverser la rue » pour lui proposer The Naked Lunch (titre trouvé par Jack Kerouac), qu’il publia en 1959 (et que son frère, Roger Kahane, traduisit ensuite en français pour Gallimard). La maison n’était pas dénuée de vision puisque Lolita de Nabokov y avait déjà été publiée en 1954, ainsi que la trilogie de Beckett, Molloy, Malone Dies, The Unnameable entre 1951 et 1953. Burroughs, de retour du Maroc en 1959, s’installe donc chez Madame Rachou où il retrouvera le patron des « 1001 Nuits » (le restaurant branché de Tanger) et un jeune étudiant de Cambridge, Ian Sommerville, qui allait devenir une de ses plus grandes histoires d’amour. Ian, mathématicien, s’intéresse à une discipline nouvelle — l’informatique. Il a déjà travaillé avec Brion sur la « Dream Machine », un cylindre rotatif éclairé de l’intérieur, qui est censé provoquer des visions hallucinatoires ou oniriques. Il jouera également un grand rôle dans les techniques de découpage et de montage de mots ou de phrases qui passionnent Gysin et Burroughs : le cut-up et le fold-in.Burroughs pense que le langage est un virus qu’il faut combattre, détourner et finalement remonter afin de donner naissance à un « mot nouveau ». Cette technique, utilisée dans le « montage » surréaliste, est aussi celle du cinéma. Sous l’influence de Gysin, Burroughs en vient à penser que « l’écriture a cinquante ans de retard sur la peinture », il va rejoindre un Dos Passos qui avait, quelques décennies plus tôt, introduit la vision cinématographique [le fameux camera eye] dans le roman américain. Mais c’est sans conteste Sommerville qui offrira aux deux avant-gardistes la technique itérative et aléatoire qui allait changer le monde. L’influence de Burroughs sur les arts, dans les quatre décennies suivantes, allait donc être déterminante. À l’aide d’un petit magnétophone UHER, il allait détruire son propre langage (en coupant puis rétablissant l’enregistrement grâce à la mollette on/off située sur le micro). C’était considérer la langue comme une matière malléable et transformable, sans début ni fin ; c’était la possibilité de la réorganiser selon des procédures diverses, aléatoires ou instinctives. De la même façon, pressé par Girodias de remettre le manuscrit du Festin nu, Burroughs allait-il rassembler au hasard des liasses éparses de notes et de « routines » et se déclarer, a posteriori, satisfait du résultat. La consultation des Scrap Books — carnets de montages visuels et langagiers, organisés autour de coupures de journaux — montre que l’ambition de Burroughs est totalisante : c’est à la réalité elle-même qu’il s’attaque. Quand on songe à ce que sera le cinéma underground, quelques années plus tard, à la musique contemporaine (John Cage, Steve Reich et Phil Glass), et à la musique rock (les musiciens de Jajouka marquèrent toute une génération, à commencer par Brian Jones, sans compter qu’Ian Sommerville travailla pour les Beatles), et aux débuts de l’Art Vidéo, on voit que les expérimentations de Burroughs, Gysin et Sommerville furent absolument déterminantes. C’est au Beat Hotel, à la fin des années cinquante, que s’élabore ce qui va devenir la modernité en art et en littérature. La place de la machine y est déjà non seulement intégrée, mais revendiquée. Les langages littéraire, musical ou pictural sont déjà déconstruits, considérés comme des codes que l’on peut crypter et réinventer ; des codes qui correspondent entre eux et qu’on peut mixer et remixer. Un peu plus tard, la théorie dite « du chaos » (découlant de certaines trouvailles issues de la cristallographie) allait pareillement fusionner avec le langage binaire des ordinateurs (0-1) et parfaire cette technè indispensable à une appropriation individuelle et moderne des mystères magiques de l’art. Le Beat Hotel a donc été le laboratoire de la sensibilité contemporaine. Burroughs et Gysin, qui n’avaient guère le goût des « mouvements » et des dogmes, en firent donc un chantier ouvert et sans cesse subverti par ses initiateurs et par leurs libres disciples. Comme on peut le constater, il fonctionne toujours aujourd’hui. Il n’a, en vérité, jamais cessé de fonctionner, projetant des rhizomes dans toutes les activités créatives actuelles. Créant des formes nouvelles et des activités insoupçonnables. Serge Grünberg ----------------------------- travail sonore avec Romain de Gueltz et Frederic Dutertre --- travail visuel avec Cesar Restrepo |
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